Loucia Carlier (FR, 1992)
Période de résidence : juillet 2025
Pendant ma résidence EXECAL, j’ai poursuivi mon exploration de la matérialité des images et de la représentation de l’espace à travers des toiles aux textures ambiguës, affinant ma manière d’observer comment les surfaces influencent la perception. Situées entre la peinture, l’objet et l’image, ces œuvres reconstruisent des intérieurs miniaturisés à partir de fragments intimes qui font écho au quotidien. La résidence elle-même est devenue un motif récurrent, alors que l’appartement, les gestes du quotidien et les rencontres ont peu à peu infiltré le travail et influencé son atmosphère.
À travers l’autoportrait, j’ai brouillé les frontières entre le sujet et le décor, construisant des récits visuels dans lesquels l’espace domestique devient un lieu fictionnel, à la fois familier, déroutant et subtilement chargé.
À La Becque, la notion de miniature était au cœur de ma recherche. Les miniatures ne sont pas seulement des objets de rêverie, mais aussi des outils de possession et de manipulation. Grâce à des jouets comme les maisons de poupées ou les cuisines miniatures, les enfants apprennent à appréhender le monde et à reproduire les gestes et les structures sociales des adultes, révélant des formes subtiles de conditionnement culturel et de rapports de pouvoir intégrés.
Dans ma pratique, la miniature devient un espace de projection, de soin et de résistance, où des matériaux fragiles du quotidien portent un potentiel de transformation. Cette réflexion s’inspire de « l’immensité intime » de Gaston Bachelard, où les petits espaces contiennent de vastes mondes intérieurs, et fait écho à la lecture féministe de Silvia Federici, qui voit dans la sphère domestique à la fois un lieu de contrainte et un espace de réinvention collective. — Loucia Carlier
Diplômée du Master Arts Visuels – European Art Ensemble de l’ECAL/École cantonale d’art de Lausanne en 2017, artiste et éditrice française, Loucia Carlier (née en 1992) crée des œuvres hybrides entre sculpture et peinture, où images, symboles et objets s’entrelacent par gaufrage, impression et modelage. Ses compositions évoquent un monde en mutation, marqué par l’interdépendance du corps et de l’environnement, reflet des angoisses d’une génération née dans les années 90. Inspirées par des éléments organiques, des références médicales, ufologiques ou psychédéliques, ses pièces se déploient comme une seconde peau, réactive aux tensions du monde contemporain, entre capitalisme, patriarcat et crise écologique.
Loucia Carlier, La Becque, 2025, photo Matthieu Croizier
Loucia Carlier, ‘Cheap dreams’, 2025, photo Loucia Carlier