Eugene Yiu Nam Cheung (AU/HK/DE, 1996)
Période de résidence: janvier-mars 2026
Ma résidence à La Becque s’est articulée autour de deux axes de travail : le premier a consisté en l’édition de mon premier recueil de nouvelles, qui sera publié par Nightboat Books en 2027. Mon second axe de recherche a porté sur la vie et l’œuvre de l’artiste suisse Aloïse Corbaz, figure majeure de l’Art Brut. Corbaz, décédée en 1964 à l’âge de 77 ans, demeure une figure énigmatique : après avoir travaillé dans sa jeunesse comme gouvernante à la cour du Kaiser Wilhelm II, elle développa pour lui un amour non réciproque. De retour en Suisse en raison du déclenchement de la Première Guerre mondiale, elle connut ce que l’on pourrait qualifier de « rupture psychique » — diagnostiquée schizophrène, elle passa le reste de sa vie dans un établissement psychiatrique à Gimel, une commune située à proximité de La Becque.
Une lecture historiographique dominante, bien que problématique, considère que les représentations par Corbaz de femmes aristocratiques s’éprenant d’une figure récurrente du « Kaiser » seraient des stylisations de sa schizophrénie, suggérant ainsi que sa maladie mentale et la puissance de son œuvre découleraient simplement d’un désir non réciproque. À La Becque, j’ai développé une nouvelle qui cherche à proposer une autre lecture de Corbaz : non pas comme une artiste déterminée par un désir féminin, mais comme une artiste animée par une volonté de subvertir les classes dominante, ses dessins étant alors non pas des signes d’admiration, mais des esquisses de revanche. — Eugene Yiu Nam Cheung
Basé à Berlin, Eugene Yiu Nam Cheung (Australie/Hong Kong/Allemagne) est écrivain, travailleur culturel et fondateur de Decolonial Hacker, une plateforme qui interroge de manière critique les institutions culturelles et l’histoire à travers des interventions commandées. Sa pratique s’inspire des stratégies éditoriales anarchistes et dissidentes, des seuils utopiques du langage et des expressions littéraires de la conscience révolutionnaire.
Eugene Yiu Nam Cheung, La Becque, 2026, photo Aurélien Haslebacher