CarolinE Ricca Lee (BR, 1990)
Période de résidence: septembre-novembre 2025
Lorsque j’ai commencé à penser à mon projet HOMEBODYTERRITORY, je m’intéressais à la maison comme une extension corporelle d’une terre-mère imaginaire, me demandant comment cet espace pouvait révéler des liens entre les contextes brésilien et suisse. Au fil du temps, et durant ma résidence Pro Helvetia à La Becque, cette intention a évolué, passant de parallèles à des résonances à travers des gestes hérités, des traces matérielles, et la manière dont l’ancestralité s’ancre à un lieu.
Dans l’atelier de céramique, j’ai exploré comment la plasticité de l’argile peut absorber, déformer et préserver des mémoires incarnées, ainsi que des échos anatomiques se manifestant à travers des formes textiles. En tant que personne non binaire et queer, il est devenu important pour moi de reconnaître d’autres significations du corps : considérer ce que peut être un corps, au-delà de ce qui a été historiquement construit ou permis. Ces cartographies corporelles offrent une pluralité de possibilités de tracés, de glissements, de jeux, plutôt que de contrôle, retraçant la diversité contenue dans l’idée « Nous avons toujours été là ».
Ma pratique de l’écriture était en mouvement, en parallèle du travail en atelier, où j’ai traversé des récits spéculatifs et des correspondances intimes pour examiner comment le désir, le manque et la mémoire réorganisent notre rapport à un lieu. Ainsi, le projet Home as Desire a évolué à travers la performance, l’écriture spéculative et des dialogues avec l’artiste suisse-vietnamienne Thi My Lien Nguyen. De telles rencontres culturelles ont remis en question la notion d’appartenance comme un état figé, en la considérant plutôt comme une négociation permanente, façonnée par l’amour, la proximité diasporique et les silences hérités. — Caroline Ricca Lee
Caroline Ricca Lee est unex artiste et chercheusex transdisciplinaire sino-japonaise brésilienne, néex et baséex à São Paulo. Par le biais de sculptures, d’installations, d’écrits critiques, de performances et de vidéos, Lee s’intéresse à l’archivage et à la mémoire de l’épistémologie décoloniale, queer et féministe, et se réapproprie un corps ancestral et les récits des diasporas asiatiques au Brésil. Lee étudie en particulier une mémoire non officielle préservée dans des documents alternatifs tels que des histoires personnelles, des souvenirs hérités et des photographies de famille. Le regard syncrétique dans leur production révèle un répertoire dans lequel l’ascendance asiatique et la culture brésilienne s’entrechoquent pour créer une œuvre bruyante inhérente à une identité multiculturelle.
1-3 : Caroline Ricca Lee, La Becque, 2025, photo Matthieu Croizier
4-6 : Caroline Ricca Lee, ‘HOMEBODYTERRITORY’, Open Studios, La Becque, 2025, photo Aurélien Haslebacher
7-10 : Caroline Ricca Lee, La Becque, 2025, photo Aurélien Haslebacher
11-13 : Caroline Ricca Lee, ‘Home as Desire’, City Salts, 2025, photo Nicolas Gysin