Mira M. Yang
Rapport de résidence
Dieux et sommets montagneux, lunes et soleils accidentellement dédoublés, personnages éclos d’œufs d’or, amour interdit, un prince aux allures de jeune fille et les étranges merveilles survenant sous son règne, une femme autrefois ourse, conversations sous les étoiles, une vague de chaleur dystopique et ses tempêtes, cris primordiaux de hérons… voilà quelques aperçus des merveilles qui se sont déployées devant moi à La Becque, provenant du lieu, de ses animaux et de ses habitant·e·s, ainsi que d’un livre de contes populaires coréens de tradition orale que j’avais apporté avec moi, mis par écrit au XIIIe siècle par le moine Ilyeon comme complément mystique aux récits historiques officiels.
J’ai lu Samguk Yusa à La Becque en tissant des liens à travers le paysage et la mythologie, au sein d’un lieu qui ressemble vaguement à celui dont sont originaires nombre des légendes du livre : le lac volcanique de montagne Cheonji, le « lac du Ciel », qui, traversé par la frontière entre la Chine et la Corée du Nord depuis les guerres du Pacifique et la guerre froide, demeure inaccessible ou principalement atteignable à travers les mythes et les souvenirs.
Traverser l’histoire, le temps et les lieux par le biais de traductions et de projections sont des méthodes que j’ai pu affiner davantage pendant mon séjour à La Becque, tout en travaillant sur : une composition vocale pour un contre-ténor et une chanteuse de pansori imitant des chants d’oiseaux dans leurs répertoires et registres respectifs, pour Karaoke Falsetto, présentée à Manifesta 16 Ruhr ; ainsi que la sonification de danses réimaginées de Choi Seung-Hee, à travers la construction d’une machine et d’une architecture pneumatiques, pour mes expositions Ensemble à la Kunsthalle Friart à Fribourg et à la Fondation Pernod Ricard à Paris. — Mira M. Yang
Biographie
Originaire d’Allemagne, Mira M. Yang vit et travaille entre Paris et Düsseldorf. Sa pratique pluridisciplinaire associe performance, image en mouvement, scénographie et objets pour explorer l’hybridité culturelle, la représentation, la mémoire et les manières dont l’histoire canonisée est instrumentalisée. À travers des espaces fictionnels et la narration, Mira met en lumière des structures sociales, des mémoires collectives et de nouveaux récits au sein d’identités en mutation. Ses scénographies discursives abordent les relations transculturelles entre agents humains et non-humains, en examinant les « glitches » qui apparaissent entre expérience et mémoire, réalité et fiction. Parmi ses expositions récentes figurent la 15e Biennale de Gwangju, FriArt à Fribourg, la Serpentine à Londres, le Brücke Museum à Berlin, ainsi que de nombreux autres lieux en Europe et en Asie.
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